Galerie d'Art contemporain Pascal Lainé à Ménerbes
Depuis 1988
Galerie d'Art contemporain Pascal Lainé à Ménerbes
Art contemporain, Galerie Pascal Lainé
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Dora Maar < >

La photographie La peinture Bibliographie  Presse  Expositions Ménerbes 2012
Ménerbes du 3 au 12 juin 2016

 

 




Dora Maar “de Picasso à Ménerbes“
 
Dora Maar est une des figures marquantes du XXe siècle. Membre du groupe surréaliste, elle rencontre Brassaï, André Breton, Jean Cocteau, Georges Bataille..., et devient dès le début des années 30 photographe célèbre.
Sa rencontre avec Picasso en 1936 l’oriente vers le dessin et la peinture, délaissant ainsi la photographie.
Femme de caractère, elle travaille sans relâche pendant plus de quarante ans, voyageant du cubisme au pointillisme, de l’abstraction au réalisme.
De 1946, année de sa cruelle séparation avec Picasso, jusqu’ à son décès en 1997, elle partage son temps entre Ménerbes et Paris. Le Luberon et le village de Ménerbes deviennent alors sources d’inspiration.
Parfois sombres à l’image de ses photographies, parfois porteurs d’une lumière sidérale et ondoyante, ses dessins nous font partager l’essentiel de ce que fut le siècle précédent, cruel et novateur.

 

 

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Henriette Theodora Markovitch, née le 22 novembre 1907 à Paris et morte le 16 juillet 1997 à Paris, est une photographe et peintre française, connue sous le pseudonyme de Dora Maar. Elle fut l'amante et la muse de Pablo Picasso, rôle qui a éclipsé l'ensemble de son œuvre.

 

 

Biographie :

Henriette Theodora Markovitch est la fille unique de Joseph Markovitch (1874-1969), architecte croate qui a étudié à Zagreb, Vienne puis Paris où il s'installe en 1896, et de Julie Voisin (1877-1942), originaire de Tours (Indre-et-Loire) et catholique.

En 1910, la famille part pour Buenos Aires où le père a obtenu plusieurs commandes dont l'ambassade d'Autriche-Hongrie. Cette réalisation lui valut de recevoir une décoration de l'empereur François-Joseph 1er, même s'il fut « le seul architecte qui n'ait pas fait fortune à Buenos Aires ».

En 1926, la famille revient à Paris. Dora Maar, pseudonyme qu'elle se choisit, suit les cours de l'Union centrale des arts décoratifs et de l'École de photographie. Elle s'inscrit également à l'Académie Julian à l'École des Beaux-arts, qui a l'avantage d'offrir le même enseignement aux femmes qu'aux hommes. Dora Maar fréquente l'atelier d'André Lhote où elle rencontre Henri Cartier-Bresson.
L'atelier cesse ses activités, et Dora Maar part, seule, à Barcelone puis à Londres, où elle photographie les conséquences de la dépression économique consécutive à la crise boursière de 1929 aux États-Unis. À son retour, et avec l'aide de son père, elle ouvre un autre atelier à Paris.

 

 

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Dora Maar photographe :

Début 1930, elle installe un atelier de photographie rue Campagne-Première (Paris 14e) avec Pierre Kéfer, photographe et décorateur pour le film de Jean Epstein, La Chute de la Maison Usher (1928). Elle fait la connaissance du photographe Brassaï avec qui elle partage la chambre noire de l'atelier. Dora Maar rencontre Louis-Victor Emmanuel Sougez, photographe travaillant pour la publicité, l'archéologie et directeur artistique du journal L'Illustration (à partir des années 30), qu'elle considère comme un mentor.

En 1932, elle a une liaison avec le cinéaste Louis Chavance. Dora Maar fréquente le groupe Octobre, formé autour de Jacques Prévert et Max Morise après leur rupture avec le surréalisme.
Sa première exposition personnelle est organisée à la Galerie Vanderberg, à Paris.

Par l'intermédiaire d'une association d'extrême-gauche, Masses, dirigée par René Lefèvre et administrée par Jacques Soustelle, ouverte aux marxistes et non-marxistes, avec le soutien, notamment, de Simone Weil, elle rencontre Georges Bataille membre de cette association depuis octobre 1933. Après les manifestations fascistes du 6 février 1934 devant l'Assemblée nationale française, elle signe le tract Appel à la lutte rédigé à l'initiative d'André Breton.

Fin 1935, Dora Maar est engagée comme photographe de plateau sur le film de Jean Renoir, Le Crime de Monsieur Lange. C'est à cette occasion que Paul Éluard lui présente Pablo Picasso. Leur liaison durera près de neuf années, sans que Picasso ne rompe pour autant sa relation avec Marie-Thérèse Walter, avec qui il a eu une fille, Maya.

Dora Maar photographie les étapes successives de la création de Guernica, tableau que Picasso peint dans son atelier de la rue des Grands-Augustins de février à mai 1937. Parallèlement, elle est le principale modèle de Picasso qui la représente le plus souvent en larmes. Elle-même réalise plusieurs autoportraits intitulés La Femme qui pleure.

Ce sont cependant les travaux de la période surréaliste qui demeurent les plus recherchés par les amateurs : Portrait d'Ubu (1936), 29 rue d'Astorg, Sa sœur noire, collages ou photo-montages.

Sa liaison avec Picasso s'achève en 1943, bien qu'ils se revoient épisodiquement jusqu'en 1946. Ainsi le 19 mars 1944, elle tient le rôle de l'Angoisse grasse lors de la lecture chez Michel Leiris de la première pièce de Picasso, Le Désir attrapé par la queue, conduite par Albert Camus. En 1944, par l'intermédiaire de Paul Éluard, Dora Maar rencontre Jacques Lacan qui la soigne de sa dépression nerveuse. Picasso lui achète une maison à Ménerbes, dans le Vaucluse. Elle s'y retire, y vit seule, se tourne vers la religion catholique, rencontre le peintre Nicolas de Staël qui habite le même village et peint des tableaux abstraits.

 

 

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Dora Maar peintre :

L'œuvre peint de Dora Maar est resté méconnue jusqu'à la vente posthume, organisée en 1999, qui fit découvrir au public et aux professionnels une production très personnelle qui n'avait jamais quitté son atelier.

Dora Maar abandonne la photographie pour la peinture aux côtés de Picasso. L'influence, ou plutôt l'écrasante présence du maître, lui impose un style cubisant qui souffre de la comparaison avec son modèle. Encouragée par Picasso à s'exprimer dans cette technique, on peut légitimement s'interroger sur cette volonté de Picasso d'éloigner son amante du domaine où elle excelle pour la contraindre dans la peinture qu'il maîtrise depuis longtemps.

C'est à partir de la douloureuse séparation d'avec Picasso qu'apparaît vraiment Dora Maar peintre. Les œuvres tragiques figuratives comme Portrait d'Eluard, ou Autoportrait à l'enfant (1946), traduisent dans une palette sombre la douleur des années d'après-guerre.

Après des années de lutte, entre dépressions et mysticisme, l'enfermement volontaire de Dora Maar avec ses souvenirs connaît une brève embellie dans les années 60 à 70, avec des Grands formats abstraits aux couleurs chatoyantes. Mais c'est à partir des années 80 que le peintre s'exprime pleinement dans ses multiples tableaux du Luberon, où les paysages sauvages autour de sa maison de Ménerbes, balayés de nuages et de vent, révèlent avec force la lutte d'une artiste aux prises avec les fantômes de son passé.

 

 

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Expositions :

1932 Galerie Van der Berghe, Paris
1934 Galerie de Beaune, Paris
1936/37  Participation à des expositions surréalistes à la Galerie Charles Ratton et Art Fantastique, Dada, le Surréalisme au MoMA à New York
1944 Galerie Jeanne Bucher, Paris (avec un large soutien des artistes, des galeristes parisiens et des écrivains comme Jean Cocteau, Pablo  Picasso, Marie Laurencin, Pierre Reverdy, Georges Braque, Jacques Villon, Louis Carré, Henri Matisse, Georges Hugnet, Nicolas de Staël et Paul Eluard)
1945 Galerie René Drouin, Paris
1946 Galerie Pierre Loeb, Paris
1957 Les paysages du Luberon, Galerie Berggruen, Paris
1958 Leicester Galleries, Londres
1983 Galerie Scandler, Paris
1990 Exposition d'œuvres anciennes à la Galerie 1900-2000, Paris
1995 Rétrospective en tant que photographe, Bancaixa, Valence, Espagne
2002 Dora Maar, Bataille, Picasso et surréaliste,  Centre de la Vieille Charité, Musée de Marseille, et au Centre Culturel de Sala Tecla, Barcelone
2006 Picasso, Dora Maar, Musée Picasso, Paris
2012 Dora Maar "de Picasso à Ménerbes", Galerie Pascal Lainé, Ménerbes
2016 Les 10 ans de la Maison Dora Maar, Ménerbes

 

Dora Maar participe à un grand nombre d'expositions collectives, en tant que photographe et peintre, de 1932 à 1991.
Elle a créé des costumes et scènes pour Mister Bob'le, de Georges Shehade, Théâtre de la Huchette, Paris

 

 

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Bibliographie :

2003 Dora Maar, Bataille, Picasso et les surréalistes, catalogue d'exposition Marseille, Barcelone,
  Alicia Dujovne Ortiz, Dora Maar : prisonnière du regard, Grasset, Paris
2000 Mary Ann Caws, Les Vies de Dora Maar, Thames & Hudson, Paris
  James Lord, Picasso et Dora, Séguier, Paris
1999 Georgiana Colvile, Scandaleusement d'elles. Trente-quatre femmes surréalistes, édition Jean-Michel Place, Paris.

 

 


Filmographie :

2011 Jean-Daniel Verhaeghe, La Femme qui pleure au chapeau rouge, avec Amira Casar, film pour la télévision.


 

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Marseille rend justice aux talents de Dora Maar


Ils étaient bien peu, le vendredi 25 juillet 1997, à suivre le cortège funèbre de Theodora Markovitch jusqu'au cimetière de Clamart. Ils étaient des centaines à se bousculer lors des six ventes aux enchères qui dispersèrent, en octobre et en décembre 1998, ses souvenirs. Theodora Markovitch, dite Dora Maar, a fait plus parler d'elle après sa mort que de son vivant. Presque nonagénaire, elle ne sortait plus guère de chez elle. Pourtant, ses portraits peints par Picasso étaient exposés dans le monde entier. Elle avait été sa compagne de 1936 à 1943. Liaison orageuse, entre un génie et une artiste dont l'œuvre ne pouvait que souffrir d'une telle proximité. Et qui pourtant mourut dans un appartement situé à deux pas de l'atelier des Grands-Augustins qu'elle avait trouvé pour lui et où fut peint Guernica.

Rendre à Dora Maar sa place d'artiste, et pas seulement de femme d'artiste, c'est la mission que s'est fixée depuis 1995 la conservatrice espagnole Victoria Combalia. L'une des rares à s'intéresser à l'
œuvre, au soir de la vie de l'artiste, elle réalisa la seule rétrospective qu'eut Dora Maar de son vivant, à la Fondation Bancaixa de Valence. Depuis, sa connaissance indirecte du personnage s'est affinée, grâce en particulier à l'aide de Marcel Fleiss, qui fut un de ses derniers marchands, ou d'une mécène originale, l'Américaine Nancy Negley. Après avoir racheté la maison de Dora Maar à Ménerbes (Vaucluse), Nancy Negley laissait les chercheurs consulter les souvenirs qui y demeuraient. Dernier stade de la mise en perspective, l'exposition que Victoria Combalia présente à Marseille, révèle dix œuvres inédites et permet enfin d'y voir plus clair dans un destin étonnant.

Les premières précisions portent sur la naissance de l'artiste-égérie : si tout le monde s'accorde sur la date, le 22 novembre 1907, le lieu fut longtemps discuté. Le prénom aussi. Henriette - son vrai prénom -, fille de l'architecte yougoslave [NdlR: en fait, croate de Zagreb] Joseph Markovitch et d'une Tourangelle nommée Julie Voisin, est donc née à Paris, rue d'Assas, état civil dixit. D'autres trouvailles, réalisées par un cabinet de généalogistes lancés après sa mort à la recherche d'héritiers (Le Monde du 27 octobre 1998), permettent de remonter son lignage dans la Croatie de la fin du XIXe siècle, en passant par l'Argentine, où son père occupa d'importantes fonctions : Dora vécut une enfance cosmopolite et, toute jeune, parlait couramment trois langues.

Elle entame des études à l'Union centrale des arts décoratifs de Paris, puis s'inscrit en 1927 à l'atelier du peintre André Lhôte, apôtre du cubisme et, chose peu fréquente dans les académies de l'époque, passionné de photographie. Elle rencontre Henri Cartier-Bresson, travaille avec Emmanuel Sougez et ouvre son propre atelier. Elle reçoit ses premières commandes en 1931, publie dans des revues comme Photographie ou Secrets de Paris, illustre l'ouvrage de Germain Bazin sur Le Mont-Saint-Michel, signe des publicités - dont celles, surréalistes, pour les lotions Pétrole Hahn -, expose à la galerie Van der Berghe et, en 1934, à la galerie de Beaune. Elle participe aussi, en 1932, à l'exposition "La Constitution des artistes photographes", qui réunit quelques-uns des plus grands noms de la profession sous la houlette de Laure Albin-Guillot au Studio Saint-Jacques.

L'exposition de Marseille rend justice à ses talents de photographe. Man Ray, qui la courtisa, semble-t-il en vain, se souvenait d'elle comme d'une photographe accomplie dont les photos montraient de l'originalité et une vision surréaliste". Diablement vrai lorsqu'on regarde ce prototype d'E.T. qu'est le Portrait d'Ubu de 1936, avec pour modèle un fœtus de tatou pris en gros plan. Ou ses collages, ses photomontages, enfin tout ce que les surréalistes bretonnants inventèrent en ces années fastes, et qu'elle ne fut pas la dernière à imaginer.

Mais l'essentiel est ailleurs. Dans ces enfants riants sur fond de misère sur la "zone", la ceinture sordide du Paris des années 1930. Dans ces chanteurs unijambistes saisis à Londres en 1934, frères des dessins berlinois de George Grosz ou d'Otto Dix. Dans ces mômes toujours, épuisés ou suractifs, photographiés à Barcelone, deux ans avant le début de la guerre civile espagnole. Autant que surréaliste, Dora Maar est une des grandes du photoréalisme, un aspect de son art méconnu à ce jour. Peut-être parce que, malgré son engagement politique, elle est moins intéressée par les classes laborieuses que par les exclus du système, les mendiants, les infirmes, les marginaux, les déclassés, qu'elle parvient à montrer sans voyeurisme aucun dans toute leur douleur.

A l'époque, Dora Maar est de gauche. Elle est proche du groupe Octobre, qui, inspiré par l'agitprop russe, voulait mettre l'art à la portée des plus pauvres. Elle rencontre Georges Bataille à une réunion du groupe Masses et cosigne le tract surréaliste Appel à la lutte, rédigé en février 1934. Avec Bataille, Breton, et d'autres, elle participe à l'Union des intellectuels contre le fascisme. Ses principaux travaux d'inspiration surréaliste datent de ces années. C'est également à ce moment que Paul Eluard la présente à Picasso, lors de la première projection du film de Jean Renoir Le Crime de M. Lange, dont elle avait été photographe de plateau.

Elle devient la compagne mais aussi le modèle favori de Picasso au moment où sa peinture laisse surgir toute la cruauté des premiers récits de la guerre civile espagnole. Petit à petit, Dora Maar devient "La Femme qui pleure", sans qu'on puisse affirmer qu'il s'agisse d'un trait de sa personnalité (ce que dément son ami l'artiste Raymond Mason) ou qu'il ait voulu en faire le symbole de l'époque d'horreur qui s'annonçait. Qu'il cristallisera dans Guernica, photographié par Dora Maar, pour le plus grand bonheur des historiens d'art, durant les différentes phases de sa conception.

Puis Picasso s'éloigne, non sans avoir, dans sa pièce de théâtre Le Désir attrapé par la queue, écrit un rôle spécialement pour Dora : elle joue le personnage de L'Angoisse maigre. Dora Maar traverse une période psychologiquement difficile, qui culmine avec son internement à Sainte-Anne. Elle est ensuite soignée par Lacan, puis devient pieuse. "Après Picasso, il ne reste que Dieu", aurait-elle déclaré. Dieu, et la peinture. Picasso se vantait de l'avoir détournée de la photographie au profit des pinceaux.

Si la théorie selon laquelle l'homme détruisait tous ses proches est exacte, rien ne peut mieux l'illustrer que les pauvres tableaux de Dora Maar. Moins que médiocres durant les années de leur relation, ils s'améliorent cependant après leur rupture et deviennent plus qu'honorables lorsqu'elle peint les paysages du Luberon. Mais ils ne parviennent pas à faire oublier qu'Henriette Theodora Markovitch, dite Dora Maar, fut une grande artiste. Une photographe.

Harry Bellet, Le Monde du 14/4/2002

 

 

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Le galeriste Pascal Lainé retrouve les trésors de Dora Maar, l’artiste sortie de l’ombre de Picasso

Son nom est resté associé à Picasso, dont elle fut l’amante et la muse. C’est pour lui, aussi que Dora Maar délaissa la photo, qui l’avait fait connaître à Paris dans les années 30, pour la peinture et le dessin.
Dans l’ombre du maître, Dora Maar s’installe à 29 ans à Ménerbes, en 1945, dans la maison offerte par Picasso en guise de cadeau d’adieu (il l’avait achetée… avec une nature morte). Elle y restera jusqu’à sa mort, en 1997. Alternant épisodes dépressifs et retour en grâce dans les galeries, elle poursuit son œuvre peint, de plus en plus isolée.

Des dizaines d’œuvres oubliées

« Personne ne peut prétendre l’avoir connue à Ménerbes durant ses 15 dernières années. Elle vivait recluse, volets clos, et ne voyait personne, à part sa femme de ménage, à qui elle parlait très peu », note Pascal Lainé.
Le galeriste, installé à Ménerbes depuis 2007, et d’ordinaire porté sur des sujets plus contemporains, expose jusqu’au 5 juillet plusieurs dizaines de dessins et peintures de Dora Maar, rassemblés auprès de collectionneurs - et tous disponibles à la vente.
Des œuvres dont on ignorait parfois jusqu’à l’existence du vivant de leur auteur. « Elles ont été retrouvées chez elle, en 1997 en nombre assez important, ainsi que des peintures de Pablo Picasso », explique le galeriste.

Ménerbes par la face nord

L’ampleur de la découverte et la vente aux enchères qui suivit en 1998 ont remis Dora Maar en lumière. Non plus seulement comme la photographe de talent qui côtoya Camus, de Staël ou encore Man Ray et partagea la vie de Picasso, mais comme une artiste-peintre à l’univers entier. « Du cubisme au pointillisme et du réalisme à l’abstraction », résume le galeriste en exhibant un dessin à l’encre.
« On reconnaît une maison, qui existe toujours. Dora Maar s’est beaucoup inspirée de la vue de ses fenêtres, sur le Luberon. Toutes sont, de fait, des vues du nord de Ménerbes et peu à peu, on glisse vers quelques chose de plus abstrait », explique Pascal Lainé en parcourant dessins et aquarelles exposés, pour quelques jours encore, dans le village qui les a inspirés.

Florent Bonnefoi,
La Provence du 2/7/2012